« 10 décembre 1847 » [source : MVH, α 9012], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4415, page consultée le 09 mai 2026.
10 décembre [1847], vendredi matin, 9 h. ¼
Bonjour, mon cher petit bien-aimé, bonjour, mon cher adoré, je t’aime, bonjour. Je
ne
suis pas contente de vous ; vous n’avez pas eu l’air hier de rendre justice à mon
destin. Si c’est par jalousie, je vous pardonne. Cela prouve que vous comprenez ma
supériorité. Mais si par hasard c’était par crétinisme, je
ne vous pardonne pas parce que vous êtes dans votre tort.
Je ne crois pas que je
puisse sortir aujourd’hui, mon Toto. D’ailleurs cela n’est pas très regrettable avec
le temps qu’il fait. Si c’était dans les beaux jours, je ne dis pas. Mais vraiment
avec les rhumatismes avérés que j’ai, je ne vois pas quel bien peut me faire le froid,
le brouillard et la pluie ? Cependant je te promets de mettre à profit tous les
instants que j’aurai très consciencieusement et de sortir le plus que je pourrai.
L’important pour ma santé, c’est d’être avec toi le plus possible. Je sens bien que
cela ne tient qu’à cela. Si je pouvais faire cette confidence au médecin, il le
reconnaîtrait lui-même et ne me prescrirait pas autre chose. Baise-moi mon Victor
et
aime-moi, c’est le meilleur et le plus efficace des sparadraps pour mon cœur.
Dans ce moment-ci j’ébauche un rhume de cerveau qui me force à interrompre mes
gribouillis à tous les mots. Tu vois que de toute façon je ne pourrais pas sortir,
quand bien même je le voudrais absolument. Je ne serais pas étonnée si c’était une
petite gripperie que j’aurais attrapéea hier car j’ai eu très froid. Nous verrons cela à
[caser ?]. En attendant je t’aime, toi.
Juliette
a « attrappée ».
« 10 décembre 1847 » [source : MVH, α 9013], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4415, page consultée le 09 mai 2026.
10 décembre [1847], vendredi, midi ½
Je vois que j’y ai perdu hier, mon cher petit filou ? Si vous croyez que je vous
comblerai de bon bouillon pour que vous vous en alliez de bonne HEU, vous êtes dans
l’erreur. Je ne suis pas généreuse, mais vous le savez bien : aussi vous ne vous
étonnerez pas si je vous demande mon RESTE ce soir.
En attendant, je voudrais
savoir comment va ta jambe ? Il me semble qu’il ne faudrait pas tant dea fatigue, surtout le
soir et à l’humidité. Il me semble que c’est la première chose dont il faille se
garantir pour ce genre de mal, que l’humidité ? Après cela je sais que tu as des
théories à toi qui ne sont pas toujours suivant la médecine des médecins, ce qui n’est
peut-être pas un tort. Après cela ne croyez pas que je vous tienne quitte de mon Corsaire1. Je veux savoir ce
que vous avez intérêt sans doute à me cacher et je l’enverrai chercher pas plus tard
que ce soir. Frémissez et prenez garde à vous si vous êtes coupable, comme je le
crois, car je serai la plus féroce des Juju. Vous pouvez vous en rapporter à moi pour
ce genre de perfection.
Si par impossible vous étiez
l’homme le plus fidèle de France et de Navarre, je rentrerais mes griffes et je ferais
patte de velours avec beaucoup de bonheur et de volupté. Mais, mais, mais, hélas !
Enfin à la rigueur cela peut être et je ne dois pas à l’avance vous condamner sans
retour. La justice et mon cœur s’y opposent. Jour
Toto, jour mon cher petit Ô, je vous aime
par-dessus les [bords ?]
Juliette
1 Le Corsaire. Journal des spectacles, de la littérature, des arts et des modes. Il fusionne de 1844 à 1847 avec le Satan de Petrus Borel, et devient alors Le Corsaire Satan.
a « la » (erreur de syntaxe).
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle écrit ses mémoires de couvent pour documenter l’épisode du Petit-Picpus dans Les Misérables.
- 23 janvierPremière de la reprise de Lucrèce Borgia à la Porte-Saint-Martin.
- 21 juinElle assiste avec Hugo à la messe à Saint-Mandé, pour le premier anniversaire de la mort de Claire.
- Août-septembreLiaison de Hugo avec Alice Ozy, qui est aussi la maîtresse de son fils Charles.
- 4 septembreLe corps de Claire Pradier est exhumé une seconde fois pour être placé dans un caveau au cimetière de Saint-Mandé.
- 7-9 septembreÀ la demande de Hugo qui s’en servira pour Les Misérables, Juliette écrit ses mémoires de couvent.
- 30 septembre-7 octobreVoyage en Normandie.
